La Valse de l'empereur (1948) de Billy Wilder

Publié le par Plume231

Autant les deux précédents longs-métrages ("Assurance sur la mort" (1944) et "Le Poison" (1945)) du réalisateur paraissaient audacieux, autant celui-ci apparaît bien sage...

Alors que sans le savoir l'Empire Austro-Hongrois est en train de vivre ses dernières années, Virgil Smith (Bing Crosby), vendeur itinérant pour une célèbre marque de gramophone arrive dans le pays dans le but d'y établir cette dernière. Pour cela, il s'est fixé un objectif : vendre un gramophone à l'empereur François-Joseph (Richard Haydn) pour faire un maximum de publicité. Mais voilà, le vieil empereur n'est pas facile à approcher surtout quand le fidèle compagnon de Virgil, Buttons son fox-terrier, se met à agresser la caniche royale de la comtesse Johanna Augusta Franziska von Stoltzenberg-Stolzenberg (Joan Fontaine). Les relations entre l'américain et la comtesse, cette dernière étant déjà peu encline à adresser la parole à quelqu'un qui n'est pas de son rang, se révèlent donc naturellement désastreuses. La comtesse décide même de le faire expulser de l'Empire. Mais la caniche de sang bleu devient dépressive car elle est tombée sous le charme du chien américain. Désespérée, sa maîtresse se met immédiatement en relation avec le vendeur. Si les deux chiens ne tardent pas avoir de doux sentiments l'un envers l'autre, cela ne va pas tarder à être le cas aussi pour la comtesse et l'américain...

Le tournage de la première collaboration d'après-guerre de Billy Wilder et de Charles Brackett ne va pas s'avérer de tout repos. Ainsi le tournage du film dans le Tyrol autrichien va être effectué au Jasper National Park situé dans les Rocheuses...canadiennes. Pour que les paysages ressemblent plus à ceux de son Autriche natale, Billy Wilder exige la plantation de plusieurs pins ainsi que près de 4000 marguerites blanches soient peintes en bleu pour être plus photogéniques. Les conditions météorologiques vont se révéler desastreuses sans parler que Joan Fontaine va tomber malade pendant quelques jours et le réalisateur lui-même subira une intervention chirurgicale mineure. Il n'est donc pas étonnant que le budget et le temps de tournage prévus vont être vite dépassés.

Mais ce n'est rien comparé à l'attitude arrogante de Bing Crosby. Ce dernier, non content d'être doté d'un talent égal à celui d'un pot de chambre et d'avoir autant de charisme qu'un hoffel strudel avarié depuis six mois, se permet d'être méprisable avec sa partenaire et de faire changer par son staff ses répliques, à la grande fureur légitime du réalisateur. En mauvais professionnel qu'il est, c'est lui la "Star" et il ne sert que lui-même et pas le film.

Son interprétation médiocre dessert fortement le film. Mais heureusement ce défaut sera en grande partie occulté par le charme immense de la sublime Joan Fontaine, qui se montre très à l'aise dans le registre inhabituel pour elle de la comédie, et par l'interprétation savoureuse en empereur François-Joseph d'un Richard Haydn en très grande forme. Un autre défaut majeur du film vient du fait que Billy Wilder n'a pas la prestance d'un Vincente Minnelli ou d'un Stanley Donen dans la réalisation de numéros musicaux. Ceux-ci s'avèrent d'un staticité ennuyeuse et ralentissent considérablement le rythme du film.

En dépit de ses défauts et du fait qu'il soit qualifié de mineur dans la carrière du réalisateur, "La Valse de l'empereur" ne manque pas d'atout. Tout d'abord, c'est la première incursion de Wilder dans la couleur (technique qu'il utilisera peu souvent car sur ses vingt-six films seuls huit seront tournés en couleurs) ensuite c'est son seul film dont l'action se déroule dans son pays natal. Ce qui lui permet d'annoncer à sa façon la Chute de l'Empire austro-hongrois à laquelle il a assisté étant gosse particulièrement à travers quatre aspects. Tout d'abord par le nom du personnage incarné par Joan Fontaine, Johanna Augusta Franziska von Stoltzenberg-Stolzenberg, qui est d'un pompeux qui dépasse largement les limites du ridicule. Ridicule qui ne peut pas survivre, on se le doute, encore très longtemps. Les deux aspects suivants sont passés à travers le personnage de l'Empereur. Le premier quand le monarque dit au voyageur de commerce que la noblesse est comme un escargot, si il a plu sa coquille il est fichu. Le second à travers la scène finale où l'on voit le vieil empereur s'amuser avec des chiots bâtards. Le quatrième et dernier aspect est bien sûr le fait que la comtesse finit par partir avec le voyageur de commerce dans le pays de l'Oncle Sam. 

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Le film fut nommé dans deux catégories secondaires aux Oscars de 1949 : celui des Meilleurs Costumes Couleurs et celui de la Meilleure Musique. Il repartira bredouille. Le succès auprès du public ne fut hélàs pas au rendez-vous non plus. C'est la principale raison pour laquelle Billy Wilder a peu d'estime pour ce film. Il dira cette parole amère : "J'ai voulu rendre hommage à travers ce film à Lubitsch. Je n'ai pas réussi". Bien que le film peut paraître d'une grande fadeur à côté d'autres oeuvres du réalisateur comme "Assurance sur la mort" ou encore "Certains l'aiment chaud", il n'est pas interdit de se prendre au jeu de ce film aussi agréable à regarder qu'une valse de Strauss à écouter. 



Publié dans Films des années 40

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