Le Poison (1945) de Billy Wilder

Publié le par Plume231

Son film suivant, "Le Poison", sera révolutionnaire par le fait qu'il est la première oeuvre à Hollywood à aborder de façon sérieuse et très réaliste le problème de l'alcoolisme...

New York, Don Birnam (Ray Milland) est un écrivain râté et il le sait. Il le sait tellement qu'il tente de l'oublier en s'adonnant fortement à la boisson. Malgré le soutien fervent de son frère et surtout de sa fiancée Helen (Jane Wyman), Don, alors qu'il est à la veille de partir en week-end à la campagne et qu'il a réussit a arrêter de boire pendant quelques jours, replonge dans l'alcoolisme. Ceci est le début d'un week-end qui va être une véritable descente aux enfers...

Aidé de son co-scénariste habituel Charles Brackett, Billy Wilder adapte un roman de Charles Jackson qu'il a lu lors d'un voyage en train entre New York et Hollywood. Ils ne changeront qu'un seul point important de l'histoire par rapport au roman original : le fait que Don soit en parti alcoolique à cause d'une homosexualité sous-jacente. Cette idée ne sera pas utiliser dans le film. Encore une fois, le réalisateur-scénariste a pensé à Cary Grant pour le rôle principal. Mais une fois de plus, le rendez-vous entre les deux hommes n'aura pas lieu. C'est alors qu'il pense sérieusement à prendre l'acteur portoricain José Ferrer. Mais la Paramount met en garde Wilder en lui disant que le seul moyen de faire de ce film un succès est d'y mettre un acteur adulé du public. Le nom de Ray Milland est donc évoqué. Ce dernier malgré les mises en garde de ses conseillers, qu'ils lui disent que ce rôle pourra détruire sa carrière, et ses propres réticences accepte le rôle. L'acteur s'investira à fond dans le rôle refusant pendant un long moment de s'alimenter, comme les alcooliques n'en ont pas le réflexe, et en passant une nuit en tant que patient dans le Bellevue Hospital à New York.

Le réalisateur va pousser le réalisme très loin. Tout d'abord en tournant les scènes qui se déroulent en extérieur à New York, en particulier dans la Troisième Avenue, et les scènes censées se dérouler au Bellevue Hospital y ont été réellement filmées sur les lieux mêmes. Mais aussi en montrant dans ses moindres détails le cas clinique d'un alcoolique. Ainsi l'ingéniosité de Don pour pouvoir boire en toute tranquillité va être décrite dans les moindres détails. A l'instar de cette scène où il explique fièrement à Nat (Howard Da Silva), le barman du café qu'il fréquente assidûment, son stratagème pour pouvoir boire dans la maison de campagne où il doit aller en week-end sans éveiller les soupçons de son frère. Les scènes difficiles n'ont pas lieu de manquer aussi à l'exemple de celle où l'écrivain veut mettre sa machine à écrire au clou. On le voit traverser péniblement une Troisième Avenue new-yorkaise qui paraît être interminable sous un soleil caniculaire et en portant son très lourd engin de travail pour finalement s'apercevoir que les prêteurs à gages juifs sont fermés pour cause de Yom Kippour. Pire encore est cette scène où il se fait humilier devant toute la clientèle d'un bar après y avoir été surpris à voler de l'argent dans le sac à main d'une cliente parce qu'il n'avait pas de quoi payer ses consommations. On est forcé de suivre pas à pas avec lui cette véritable descente aux enfers, jusqu'à un happy-end pas aussi rassurant que certains le prétendent, comme le montre le fait que l'on voit comme lui dans une scène ses hallucinations dues à une crise de Delirium Tremens. Mais le pire réside peut-être dans le fait qu'on suit un personnage lâche et près à n'importe quoi pour un verre, qui à l'air de se complaire dans son vice et qui se vante de se servir de son ingénuosité pour le faire alors qu'il pourrait l'utiliser pour écrire. La grande qualité du film doit certainement beaucoup à cet aspect.

Wilder va aussi savemment utilisé la technique pour servir son film. Il a souvent recours à des très gros plans pour mieux souligner la déchéance du personnage ainsi qu'à la profondeur de champ. En effet, on peut voir souvent des objets soulignant l'état d'esprit de son personnage dans le premier plan comme l'étagère remplies de bouteilles d'alcool d'un magasin alors qu'il s'apprête à y rentrer ou encore cette lampe brisée lorsqu'il recherche frénétiquement une bouteille qu'il a cachée dans son appartement. A contrario, la machine à écrire apparaît souvent en arrière-plan pour mieux souligner le peu d'importance que Don attache à cet objet.

Une fois le film terminé et monté, les réactions plutôt négatives du public lors de certaines projections-tests vont encourager la Paramount à mettre le film au placard momentanément. Wilder profitera de cette période de près de cinq mois pour aller servir la division de l'armée américaine chargée de la reconstruction du cinéma et du théâtre allemands. Une fois de retour à Hollywood, il apprend que la Paramount consent finalement à la sortie nationale de son film.

Ce dernier sera étonnamment un immense succès critique et commercial. Comme pour "Assurance sur la mort", le film sera nommé dans sept catégories. Mais cette fois-ci, l'Académie des Oscars ne se trompera pas en decernant quatre de ses principales statuettes à ce film. Outre celle du meilleur film, "Le Poison" remportera celle du meilleur réalisateur et du meilleur scénario permettant à Billy Wilder d'empocher ses deux premières statuettes. Ray Milland en gagnera une aussi pour sa performance à ce point exceptionnelle qu'il s'était même fait arrêter par la police pour ivresse sur la voie publique lors du tournage en extérieur à New York. La France fera aussi les honneurs à ce film en faisant de Ray Milland le premier acteur récompensé à Cannes et en lui donnant le Grand Prix du Festival avec dix autres films.

Bizarrement, il faudra attendre dix-sept ans avant de voir un autre film aussi fort sur ce fléau avec le poignant "Le Jour du vin et des roses" (1962) qui sera ironiquement aussi réalisé par un autre grand réalisateur de comédie : Blake Edwards.

Billy Wilder dira plus tard à propos de ce film que le lobby de l'alcool était à ce point paniqué qu'il offrit à la Paramount la somme très conséquente de cinq millions de dollars pour l'enterrer définitivement. Le studio de cinéma, honnête, refusera la proposition. Wilder dira que si cette proposition lui avait été faîte directement, personne n'aurait vu le film. Ce qui aurait été dommage car on serait passé à côté d'un chef d'oeuvre d'une puissance peu commune.



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trader devises 11/07/2011 01:39

un chef d'oeuvre du 7eme art!!

Literature Review 06/07/2011 19:46

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