Rebecca (1940) d'Alfred Hitchcock

Publié le par Plume231

Le premier film américain de l'oeuvre d'Alfred Hitchcock n'a pas une bonne réputation auprès des plus grands admirateurs du Maître du suspense. Ceci vient en partie du réalisateur lui-même qui trouvait que cette oeuvre "manquait d'humour". Mais on peut penser que ce peu d'estime venait du fait qu'il n'a pas eu la liberté de faire ce qu'il voulait étant sous le contrôle constant du producteur du film, David O. Selznick. Pourtant, "Rebecca" loin d'être une oeuvre mineure se révèle au contraire un des meilleurs films du Maître...

 

 
La demeure de Manderley dans le rêve du personnage principal, la première scène du film
 
 
Le film commence sur les images brumeuses d'un manoir de campagne en ruines dont on se rapproche lentement. Une voix féminine se fait entendre "La nuit dernière j'ai rêvé que je suis retourné à Manderley", décrit avec fascination la demeure avant d'ajouter qu'elle n'y reviendra jamais... L'histoire commence à Monte-Carlo. Une jeune fille (Joan Fontaine) est la dame de compagnie d'une riche veuve, Edythe Van Hopper, en villégiature. Elle rencontre Maxim de Winter (Laurence Olivier) alors qu'il semblait près à se suicider en se jettant d'une falaise. Elle apprend par la suite qu'il ne s'est jamais remis de la mort de sa femme, Rebecca, morte dans des circonstances mystérieuses. Au fur et à mesure de leurs rencontres, la jeune fille et Maxim s'éprennent l'un de l'autre. Alors qu'elle s'apprête à partir, Maxim lui propose précipitamment de devenir la seconde Mme de Winter. Elle accepte et le mariage se fait rapidement. Le couple regagne l'Angleterre et la jeune mariée est impressionnée par l'atmosphère imposante et sinistre du manoir de Manderley, l'imposante propriété de Maxim, dans lequel semble vivre partout le souvenir de Rebecca. Et puis surtout la nouvelle Mme de Winter comprend vite que Mrs. Danvers (Judith Anderson), l'ancienne gouvernante de Rebecca pour laquelle elle éprouvait une admiration sans borne, a une très forte antipathie pour elle. Plus la jeune mariée va se rapprocher de la vérité à propos de la première Mme de Winter plus l'atmosphère va devenir cauchemardesque...

 

Joan Fontaine et Laurence Olivier dans "Rebecca" (1940)

 

C'est en pensant tourné un film sur le naufrage du Titanic comme il l'avait promis qu'Alfred Hitchcock s'était rendu à Hollywood vers le milieu de l'année 1939. Pendant le tournage d'"Une Femme disparaît" (1938), il avait reçu un télégramme de David O. Selznick, le futur producteur d'"Autant en emporte le vent" (1939), lui demandant de venir à Hollywood. C'est ce que le réalisateur fit en août 1938. Il signa alors un contrat avec le producteur qui doit commencer en avril 1939, juste le temps de tourner un dernier film dans son pays natal. Ce sera "L'Auberge de la Jamaïque", film justement oublié mais dont il est intéressant de savoir qu'elle est la première des trois adaptations d'oeuvres de l'écrivain Daphne Du Maurier par Hitchcock, et que la suivante n'est autre que "Rebecca" (la troisième étant "Les Oiseaux" (1963)). Son dernier film anglais terminé, le réalisateur se rendit à Hollywood. David O. Selznick lui dit alors qu'il a changé d'avis à propos du projet sur le Titanic et lui propose d'adapter à la place le best-seller de Du Maurier "Rebecca". Hitchcock accepta d'autant plus qu'il avait eu idée de l'adapter lui-même en 1938 mais qu'il y avait finalement renoncé les droits du livre étant trop chers.

 

 

Alfred Hitchcock, Joan Fontaine et Laurence Olivier sur le tournage du film

 

Reste à chercher les deux acteurs principaux du film. Pour le rôle de Maxim de Winter, David O. Selznick voulait Ronald Colman et en second lieu William Powell ou Laurence Olivier. De son côté, Alfred Hitchcock pensait sérieusement à Robert Donat, qu'il avait dirigé dans "Les 39 Marches" (1935). Ce sera Laurence Olivier qui obtiendra le rôle.

Mais le choix de l'actrice s'avéra plus long d'autant plus que Selznick voulait recommencer le même coup de publicité que pour la recherche de sa "Scarlett", au grand désespoir d'Hitchcock qui trouvait inutile de faire passer des castings à des comédiennes dont il savait qu'elles n'obtiendraient pas de toute façon le rôle. L'actrice à laquelle Selznick pensait le plus sérieusement pour le rôle était Olivia de Havilland. Mais le producteur Jack L. Warner, avec lequel elle était sous contrat, qui l'avait déjà difficilement cédée à Selznick pour "Autant en emporte le vent" (1939), était peu enclin à la prêter une nouvelle fois et Olivia de Havilland elle-même était peu enchantée de concourir pour un rôle où sa soeur avec laquelle elle entretenait une mésentente cordiale, Joan Fontaine, auditionnait aussi. Sans une rencontre fortuite pendant un dîner lors d'une réception, David O. Selznick n'aurait jamais eu idée de faire auditionner Joan Fontaine. Car cette dernière n'avait pas grand-chose de bon à mettre sur son CV d'actrice. Pour Hollywood, elle était juste la soeur cadette d'Olivia de Havilland. Et outre quelques films totalement oubliés, elle n'avait comme titre de gloire d'avoir joué le rôle de la potiche que le héros préfère laisser tomber à la fin pour repartir à l'aventure dans "Gunga Din" (1939), d'avoir été la plus mauvaise partenaire de Fred Astaire dans "Demoiselle en détresse" (1937) qui a été un bide commercial à sa sortie. On peut encore sauver son rôle dans "Femmes" (1939) mais difficile de se faire un nom au milieu de 130 autres actrices. En bref, la critique l'avait surnommé gentiment "l'actrice de bois". S'ils nous apparaîent évident aujourd'hui que Joan Fontaine était le meilleur choix pour le rôle, à l'époque David O. Selznick devait avoir un sacré flair pour voir un grand potentiel dans cette actrice qui avait alors une très mauvaise réputation. Donc après six mois de tests intensifs, où elle aura comme concurrentes une vingtaine d'actrices dont Carole Lombard, Loretta Young, Maureen O'Hara, Anne Baxter, Margaret Sullavan, Anita Louise et Vivien Leigh, Joan Fontaine finit par obtenir le rôle.

 

 

David O. Selznick et Alfred Hitchcock, si les deux hommes affichent chacun un sourire sur la photo, l'entente entre le producteur et le réalisateur fut loin d'être sans nuage

 

Le tournage ne va pas être facile pour Alfred Hitchcock. Tout d'abord, il a du mal à obtenir ce qu'il veut de Joan Fontaine qui fait un peu trop sa timide. Il ne se décourage pas pour autant car il sait qu'il peut réussir quelque chose de formidable avec cette actrice. Laurence Olivier, mécontent que sa petite amie et future épouse Vivien Leigh n'est pas été choisie pour le rôle, n'a pas manqué de se montrer méprisable avec elle tout au long du tournage. Ce qui va fortement perturber Fontaine cependant cette situation ne va pas desservir le film. Au contraire, Hitchcock va même se servir de cette situation pour mieux accentuer le côté gauche et timide du personnage de la seconde Mme de Winter. Le résultat en sera prodigieux. Le Vilain Petit Canard va sous la direction du Maître du suspense se transformer en cygne. A partir de maintenant ce sera une actrice flamboyante d'Hitchcock et d'Ophuls qu'on aura devant les yeux. Les rapports entre l'actrice et le réalisateur seront excellents que ce dernier la reprendra pour le rôle principal de son film suivant "Soupçons" (1941) pour lequel elle remportera un Oscar. Par la suite, Joan Fontaine dira qu'elle aurait tourner même gratuitement avec le Maître du suspense.

 

Mais le principal problème qu'a rencontré le cinéaste est la surveillance constante de David O. Selznick qui veut contrôler absolument tous les aspects du film comme il l'avait fait pour ses autres productions. Alfred Hitchcock qui a pour habitude de travailler comme il l'entend n'apprécie pas du tout. Il faut dire qu'ils ont chacun de deux méthodes opposées. Le réalisateur a déjà le montage dans la tête avant de commencer le tournage d'un film et donc ne tourne que ce qui est absolument nécessaire alors que le producteur n'hésite pas à faire tourner plusieurs scènes qui ne seront pas retenues au montage. De plus, Selznick veut rester le plus fidèle possible au roman pensant que les gens seraient mécontent si le film était trop différent ce qui sera une autre source de mésentente avec le cinéaste qui voulait plus s'en éloigner. Seul un détail important sera modifié de sorte à contourner la censure (1) et la fin un peu aussi pour la rendre encore plus mémorable (2). Au final, le cinéaste n'a pas réussi à tourner le film qu'il voulait.

 

 

La terrifiante gouvernante Mrs. Danvers (Judith Andersen) avec la seconde Madame de Winter (Joan Fontaine)

 

Bien qu'étant le premier film américain du réalisateur, il donne plus l'impression d'être anglais. Tout est fait pour qu'on ait cette impression : l'histoire se passe en Angleterre, l'histoire a été écrite par une anglaise, les acteurs et le réalisateur sont anglais. Et on ne peut que s'en rejouir seul cette alliance pouvait réussir ce qui est certainement le chef d'oeuvre gothique du cinéma. C'est un romanesque cauchemardesque qui règne tout au long du film accentué par des décors angoissants, une photographie très contrastée et des idées prodigieuses scénaristique et de mise en scène.

 

On est dès la première scène du film dans l'esprit du personnage principal. Pourtant bien qu'on va la suivre pratiquement tout au long du film, on ne va presque rien savoir d'elle. Le peu que l'on sait est dit au début du film qui se passe dans le sud de la France. On sait qu'elle est orpheline, qu'elle est une jeune adulte, qu'elle n'est pas desagréable à regarder (c'est Joan Fontaine tout de même!), qu'elle avait un père qui peignait sur chacune de ses toiles le même arbre, qu'elle est timide et un peu gauche et enfin qu'elle exerce la profession de dame de compagnie et c'est tout. On ne connaît pas son nom de jeune fille et détail important ni son prénom (particularité que le film partage avec le roman). Paradoxalement, on va savoir beaucoup de chose au fur et à mesure sur cette fameuse Rebecca qui va envahir tout le film jusqu'à un mémorable dernier plan bien qu'à part les paroles des personnages qu'ils l'ont connu qui l'a décrivent comme très belle on ne la voit jamais. Ceci donne l'impression que le personnage de Joan Fontaine est une coquille qui va se laisser remplir par l'esprit de la défunte. Manière efficace d'envouter le spectateur qui ne connait sur Rebecca que ce que la seconde Mme de Winter apprend pendant une bonne partie du film.

 

Une idée très prodigieuse de mise en scène venant du réalisateur pour rendre encore plus terrifiante la très inquiétante Mrs. Danvers est de faire en sorte qu'on ne la voit que très rarement se déplacer. Elle apparaît généralement par surprise fixe, la faisant paraître ainsi inhumaine, et comme pour le personnage principal augmentant notre angoisse à chacune de ses apparitions.

 

 

Sorti sur les écrans américains le 12 avril 1940, le film sera un très grand succès auprès des critiques et du public. Il sera nommé dans onze catégories lors de la 13ème Cérémonie des Oscars. Joan Fontaine, nommée dans la catégorie Meilleure Actrice, devra hélàs s'incliner devant l'interprétation très pâle de Ginger Rogers dans "Kitty Foyle" (1940) tout comme Alfred Hitchcock face à John Ford pour "Les Raisins de la colère" (1940) dans celle du Meilleur Réalisateur. Pour la statuette du Meilleur Acteur, James Stewart pour son interprétation dans "Indiscrétions" (1940) devancera celle de Laurence Olivier et la meilleure de l'année, celle d'Henry Fonda dans "Les Raisins de la colère" (1940). Face à neuf autres concurrents dont le deuxième film américain d'Alfred Hitchcock "Correspondant 17" (1940), événement très rare dans l'Histoire des Oscars puisque le seul à qui cela arrivera d'autre est un certain Francis Ford Coppola, et trois autres autres chefs d'oeuvre "Indiscrétions", "Les Raisins de la colère" et "Le Dictateur", "Rebecca" réussit à remporter l'Oscar du Meilleur Film. Ce sera d'ailleurs, et ça c'est franchement scandaleux, le film du réalisateur qui remportera cette statuette. Le film gagnera aussi celle de la meilleure photographie en noir et blanc.

 

 

George Sanders dans la cabine téléphonique, et Alfred Hitchcock qui fait ici son apparition rituelle

 

Même si ce n'est pas le film qu'Hitchcock a voulu réaliser, "Rebecca" reste quand même un des meilleurs films du réalisateur. Rarement sa maîtrise du suspense sera aussi magistral et distillant l'angoisse jusqu'à rendre l'atmosphère du film aussi prenante qu'étouffante. Aucun détail de la mise en scène est ici négligée et entourés de brillants seconds rôles, en particulier Judith Andersen mémorable et George Sanders, Laurence Olivier et surtout Joan Fontaine donnent des interprétations parfaites de leurs personnages. Le scénario comportant des rebondissements et un retournement de situation incroyable achève de rendre le film captivant. En bref, on peut le dire le film est un immense chef d'oeuvre.

 

(1)ATTENTION MEGA SPOILER DONC SI VOUS N'AVEZ PAS VU LE FILM NE LISEZ SURTOUT PAS CE QUI VA SUIVRE, dans le roman de Daphne du Maurier le personnage de Maxim de Winter avoue à sa femme qu'il a tué sa première épouse alors que dans le film il dit qu'elle est morte accidentellement. Si Maxim ne dit pas forcément la vérité, créant ainsi une ambiguïté supplémentaire dans le film, cela permet à ce qu'il ne soit pas condamné pour cela  car le Code Hays, le système de censure de l'époque, imposait comme règle obligatoire qu'un assassin soit punit. BON SI VOUS L'AVEZ LU C'EST VOTRE PROBLEME JE VOUS AVAIS PREVENU

 

(2)ATTENTION AUTRE SPOILER, à la fin du roman l'incendie de Manderley est juste suggéré alors que dans le film il est carrément montré FIN DU SPOILER



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