Le Gouffre aux chimères (1951) de Billy Wilder

Publié le par Plume231

"Le Gouffre aux chimères" (1951), est sans conteste la plus noire de la filmographie de son auteur, et même une des oeuvres les plus noires réalisées à Hollywood. Ce film, qui va être le premier échec commercial de la carrière du cinéaste, doit hélàs une grande partie de son immense valeur à son caractère prophétique.

L'arrivée de Charles Tatum (Kirk Douglas) au début du film

Charles Tatum (Kirk Douglas), journaliste sans emploi aussi minable que cynique et arrogant, échoue dans une bourgade du Nouveau-Mexique. Il réussit à trouver un emploi dans le journal local. Ses méthodes de la recherche du "scoop" à tout prix est en total opposition avec celle de son nouveau patron qui prône l'honnêteté. Pendant un an, Tatum va être condamné à son plus grand désespoir au purgatoire des "chiens écrasés". C'est en route pour couvrir un de ses faits divers peu intéressants qu'il apprend par hasard qu'un homme, Leo Minosa (Richard Benedict), à la recherche de vestiges indiens dans un galerie souterraine y est coincé à cause d'un éboulement. Tatum n'hésite pas un instant et décide d'exploiter cet événement pour se faire une très grande publicité et espérer retrouver ainsi un poste dans un prestigieux quotidien new-yorkais dont il avait été viré pour diverses raisons aussi peu reluisantes les unes que les autres. Pendant qu'il fait semblant de montrer du soutien auprès de la victime, Tatum pour faire durer l'événement, convaint le shérif du coin (Ray Teal), dont les élections approchent, de ralentir le plus possible le sauvetage contre la promesse d'une grande médiatisation et ainsi d'un nombre important de voies supplémentaires. Dans le même temps, il n'hésite pas à séduire la femme désoeuvrée de Minosa, Lorraine (Jan Sterling) qui va se montrer peu farouche ainsi que peu inquiète du sort de son mari. Face au plus grand cynisme encore des personnes qu'ils l'entourent, à une victime dont le temps est très compté et à la médiatisation de l'événement dont l'ampleur gigantesque va vite le dépasser, Tatum va être pris d'un sursaut de conscience mais trop tard. Celui qui sème le vent...

Charles Tatum (Kirk Douglas) ne va pas manquer de draguer la femme de la victime Lorraine (Jan Sterling) qui va se laisser très facilement séduire

Que ceci soit bien clair en suggérant que le film va très mal finir, je ne révèle pas un spoiler car dès les premières minutes du film le spectateur sait qu'il va en être ainsi. Contrairement au "Poison" (1945) où un happy-end sauvait le personnage principal, pourtant vraiment au fond du trou, dans les dernières minutes, là rien. Pas de happy-end, pas de gentille morale, pas de jolie phrase pour mieux nous faire passer la pillule, Billy Wilder va au bout de sa funeste logique. On va suivre pendant près de deux heures un personnage arrogant, cynique et sans le moindre scrupule pour lequel on ne va ressentir absolument aucune sympathie. Le malaise est déjà ainsi très présent chez le spectateur. Avec en plus une galerie de personnages secondaires pourris jusqu'à la moelle en particulier la femme de la victime et le shérif, dont la vénalité est symbolisé par le serpent à sonnettes qu'il porte toujours avec lui dans une boîte. Mais ajoutez à cela une condamnation en règle de la presse à sensation, que le cinéaste avait très bien connu quand il était journaliste, et puis bien sûr, sinon ce serait trop facile, du public qui la cautionne. Un public qui prend comme une attraction de foire, aspect accentué par les stands et la grande roue qui sont installés près du lieu de l'accident, le fait qu'un homme risque de mourir. Cela vous rappelle pas quelque chose comme la télé-réalité ou Internet. Eh oui, non content d'être en avance sur son temps, le film s'avère plus d'actualité aujourd'hui qu'à l'époque de sa sortie. C'est en grande partie pour cela que le film est un chef d'oeuvre. On aimerait bien que certains films ne soient pas des chefs d'oeuvre mais c'est comme ça.

Charles Tatum (Kirk Douglas) face à son "oeuvre"

Bien sûr en cinéaste intelligent qu'il était, Billy Wilder utilise magistralement la mise en scène pour accentuer la montée en puissance de son personnage le filme soit en hauteur, soit en contre-plongée. Alors que sur le plan final, la caméra est posée au sol pour mieux symboliser sa chute.

Charles Tatum (Kirk Douglas) fait semblant de porter son soutien à la victime Leo Minosa (Richard Benedict)

Le film est intéressant sur plusieurs points en dehors de l'histoire en elle-même. D'abord c'est la seule collaboration entre l'acteur Kirk Douglas, qui incarne superbement son personnage, avec Billy Wilder. Ensuite c'est le premier film du cinéaste (à l'exception d'"Assurance sur la mort" (1944)) qui ne soit pas co-scénarisé avec Charles Brackett avec qui il s'était séparé définitivement. Pour finir, c'est la première fois que Wilder produit un de ses films et ce sera aussi hélàs son premier échec commercial. Car aux Etats-Unis, les critiques et le public ne suivent pas ce film qu'il juge très corrosif. Paniquée la Paramount tentera de le ressortir en replaçant le titre original de "Ace in the Hole" par "The Big Carnival" pour en atténuer la noirceur. Mais rien y fait, "Le Gouffre aux chimères" sera un échec commercial qu'un bon succès en Europe rattrapera en partie.

Charles Tatum (Kirk Douglas) face à un homme qui a encore moins de scrupules que lui le shérif Kretzer (Ray Teal)

Une chose qu'est sûr c'est qu'avec ce film, l'âme humaine n'en sort pas grandit. On se dit même que c'est le Diable qui se fait arnaquer en achetant l'âme de certaines personnes. En tous les cas, Wilder atteint ici un degré de noirceur que seul Erich Von Stroheim avait réussi à atteindre jusque-là. Le film aura le droit à un remake plus ou moins avoué et en tout point inférieur de Costa-Gavras avec "Mad City" (1997) avec Dustin Hoffman et John Travolta dans les rôles principaux ainsi qu'à une parodie très réussie dans un épisode des "Simpson", "Un puits de mensonge" où Bart fait croire grâce à un microphone qu'un gamin est tombé au fond d'un puits avant d'y tomber lui-même. Billy Wilder dira de ce film qu'il est celui de ses films qui préfère avec "La Garçonnière" (1960). On ne serait lui donner tort.  

Plus dure sera la chute



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