Boulevard du crépuscule (1950) de Billy Wilder

Publié le par Plume231

Si les "films sur le cinéma" était un genre en soi, "Boulevard du crépuscule" en serait sans conteste le chef d'oeuvre absolu. Plus qu'un chef d'oeuvre, ce film est un véritable MONUMENT...

Le corps d'un scénariste vient d'être retrouvé dans la piscine de la villa d'une ancienne gloire du muet

Sunset Boulevard, Los Angeles, 5 heures du matin. La police ainsi que des journalistes foncent vers une vaste demeure d'une star hollywoodienne. Le cadavre d'un homme assassiné flotte sur le ventre dans la piscine de la villa. Son nom ? Joe Gillis (William Holden), c'est lui-même qui se présente et qui va nous raconter ce qui l'a amené dans cette situation peu enviable... Six mois auparavant, Joe est un scénariste sans le moindre avenir. Il n'a pas finit de payer sa voiture et il doit plusieurs mois de loyer de retard. C'est en échappant à deux de ses créanciers qu'il attérit par hasard dans une villa qu'il croit dans un premier temps déserte. Il ne tarde pas à s'apercevoir qu'elle est en fait habitée par une ancienne star du muet, Norma Desmond (Gloria Swanson), qui a pour seul compagnie celle de son majordome Max (Erich Von Stroheim). En effet, son chimpanzé vient de mourir et c'est en le prenant pour le croque-mort que Norma le fait entrer dans son anachronique demeure. Quand il lui révèle qu'elle le prend pour un autre, l'actrice veut le faire expulser jusqu'à ce qui lui dise sa profession. L'ancienne star oubliée se croit toujours la Reine d'Hollywood et pense que le scénariste peut lui servir ses desseins de come-back...

Joe Gillis (William Holden), profession : scénariste raté

Le sujet du film vient d'une idée du co-scénariste de Wilder, Charles Brackett, mais à la grande différence qu'il voulait en faire une comédie. Le fait que le réalisateur l'ait transformé en drame, avec l'aide notamment de l'ancien journaliste D.M. Marshman Jr., a été une très grande source de conflit entre les deux hommes. Ce sera d'ailleurs leur dernière collaboration. Pour éviter d'être dérangé par le studio et la censure qui ne peut être que frileuse avec un tel sujet ils l'ont font croire qu'ils travaillent sur un film intitulé "La Boîte d'haricots". Le script est très loin d'être achevé quand le tournage commence...  

La composition du casting ne va pas se révéler simple, loin de là :

Le choix de Gloria Swanson :

Pour le rôle de Norma Desmond, Billy Wilder pense tout d'abord à Greta Garbo qu'il souhaite sortir de sa retraite. Mais l'actrice refuse tout de suite. Il pense ensuite à Mae West. Mais cette dernière refuse aussi car elle se trouve trop jeune pour incarner une star du cinéma muet. Le rôle est proposée à Mary Pickford qui le refuse elle aussi de peur que le rôle entache l'image saine qu'elle avait laissée aux spectateurs. Le réalisateur pense alors à Pola Negri mais cette fois c'est lui qui rebrousse chemin horrifié par le fort accent polonais de l'actrice. C'est finalement un de ses collègues réalisateurs, George Cukor, qui lui conseille de prendre Gloria Swanson. Cette dernière qui a été sans conteste une des stars féminines les plus adulées du cinéma muet avait arrêté sa carrière au début du parlant. Mais contrairement à Norma Desmond, l'actrice avait pris pleinement conscience que son temps était fini. De plus, elle ne vivait pas en recluse car elle animait à ce moment-là une émission de radio à succès. D'abord réticente à l'idée de rejouer pour le cinéma, Swanson se montra très vite enthousiasmée par le scénario. Elle accepta immédiatement le rôle.

Le choix de William Holden

Pour celui de Joe Gillis, c'est l'acteur Montgomery Clift qui signe le contrat pour le jouer. Mais ce dernier décide de le rompre deux semaines avant le début du tournage. Wilder demande à Fred MacMurray, qu'il avait déjà fait tourné dans "Assurance sur la mort", de jouer le rôle. Mais l'acteur refuse de jouer un gigolo. Le réalisateur pense alors à un autre acteur mais les producteurs refusent sous le prétexte qu'il est inconnu, son nom ? Marlon Brando. Alors Wilder veut Gene Kelly mais la MGM refuse de le préter. C'est donc à contrecoeur qu'il consent à donner le rôle à un acteur qui n'arrêtait pas instamment de le lui réclamer depuis quelques temps : William Holden. Ce dernier, après des débuts fracassants aux côtés de Barbara Stanwyck dans "L'Esclave aux mains d'argents" (1939), avait enchainé dans les années 40 des films de série B qui n'ont laissé que peu de trace dans l'Histoire du cinéma. C'est donc dans un contexte quasiment identique à celui de son futur personnage, à la différence que l'un est acteur l'autre scénariste, que William Holden va obtenir le rôle. Billy Wilder ne va pas regretter un seul instant son choix car en plus d'être l'acteur parfait pour le rôle, ceci va être le début d'une collaboration qui va s'étendre sur quatre films ainsi que celle d'une longue amitié. 

Le choix de Nancy Olson :

Billy Wilder veut un nouveau visage pour celui de Betty Schaefer. Le choix se portera sur Nancy Olson dont ce sera le troisième film et le premier rôle important.

Le reste du casting :

Erich Von Stroheim est choisi pour le rôle de Max, le serviteur dévoué de Norma. Von Stroheim et Wilder se connaissaient très bien puisque le premier avait déjà tourné sous la direction du second dans "Les Cinq Secrets du désert" (1943). De plus, Wilder avait une très grande admiration pour les films de Von Stroheim réalisateur que ce dernier a tourné à l'époque du muet lui disant lors de leur première rencontre que ses oeuvres avaient dix ans d'avance sur leurs temps. Von Stroheim lui rétorquera : "Non, vingt". Le cinéaste Cecil B. DeMille alors vraiment en tournage à ce moment-là du film "Samson et Dalila" (1949) accepta de faire un caméo contre 10 000 dollars plus une Cadillac flambant neuf puis demandera 10 000 autres dollars quand Wilder voudra faire un gros plan de lui. Hedy Lamarr, l'actrice qui incarne Dalila dans le film de DeMille, devait faire aussi un caméo mais ses exigences financières étaient trop hautes. La chroniqueuse Hedda Hopper fera aussi une apparition dans son propre rôle à la fin du film. On oubliera pas de signaler aussi "les statues de cire" de la partie de carte que sont Anna Q. Nilsson, H.B Warner et Buster Keaton.

Norma Desmond (Gloria Swanson), pendant la projection d'un de ses films, jure de revenir sous le feu des projecteurs

Les références au cinéma muet tout au long du film sont très nombreuses. Ainsi le film projeté dans la villa de Norma est "Queen Kelly" (1929), oeuvre inachevée dans laquelle à vraiment joué Gloria Swanson. Inachevée par le fait que l'actrice était inquiête de la tournure bizarre que prenait le tournage à cause du réalisateur qu'elle prenait pour un fou. Elle se plaindra de ce comportement au producteur du film et amant de l'époque, Joseph P. Kennedy (le père de JFK). Ce dernier décidera d'interrompre le tournage du film sonnant ainsi le glas de la carrière de Gloria Swanson et du réalisateur du film, son nom ? Erich Von Stroheim. Les apparitions des "statues de cire" en sont aussi puisque ces dernières sont d'anciennes gloires du cinéma muet. Le nom de Norma Desmond est ironique car c'est le regroupement de William "Desmond" Taylor, réalisateur du cinéma muet dont la mort dans des circonstances douteuses avait été l'objet d'un scandale retentissant, et de Mabel "Norma"nd, actrice de la même époque qui avait vu sa carrière stoppée nette suite à ce scandale. Dans la scène des imitations, Norma imite tour à tour les actrices des petits films muets de Mark Sennett (dont faisait partie Swanson) et le personnage de Charlot. Cecil B. DeMille, qui avait réussi sans problème à passer le cap du parlant, peut être considéré dans ce film comme la transition entre cinéma muet et cinéma parlant. Les références au cinéma moderne sont nombreuses aussi. "Autant en emporte le vent" (1939) est cité. Le personnage de William Holden fait une blague sur le chimpanzé mort en faisant allusion au film "King Kong" (1933) et les décors de la résidence de Norma ne sont pas sans faire penser à ceux de "Dracula" (1931). Les noms de Greta Garbo, de Tyrone Power et du producteur Darryl F. Zanuck sont cités. La grande chroniqueuse hollywoodienne de l'époque Hedda Hopper fait aussi une apparition. Et le cinéaste n'hésitera pas à faire une allusion désagréable à Bing Crosby pour se venger en quelque sorte du comportement odieux du comédien sur le tournage de "La Valse de l'empereur" (1948).   

Le célèbre portail d'entrée des Studios Paramount

Les allusions se font aussi par les lieux par lesquels passent les personnages. Le Drugstore de Swab, qui n'existe plus depuis les années 80, a vu selon la légende l'auteur de chansons Harold Arlen écrire "Over the Rainbow" à la lumière de son néon, l'auteur et scénariste Francis Scott Fitzgerald y faire une attaque cardiaque en 1940 alors qu'il y achetait des cigarettes, Charlie Chaplin et Harold Lloyd y jouer au flipper et la découverte de Lana Turner alors qu'elle y mangeait une glace. Ou encore la porte des studios Paramount, qui existe toujours d'ailleurs, qui avait été construite aussi grande en 1926 pour contenir la foule choquée par la mort de Rudolph Valentino. Ce sont des exemples parmi tant d'autres. 

Norma Desmond face au réalisateur Cecil B. DeMille qui joue ici son propre rôle

Le réalisateur ne néglige pas non plus l'aspect visuel de son oeuvre parsemant le film d'image mémorable comme le cadavre de Joe Gillis flottant sur le ventre dans la piscine de la villa et filmé du "point de vue du poisson", celle où Norma Desmond dans le faisceau de lumière jurant qu'elle sera bientôt sous le feu des projecteurs ou encore la scène où Gillis apparaît totalement en arrière-plan, alors qu'on voit les doigts de Max jouer de l'orgue, soulignant ainsi la négligeable importance qu'à le personnage de Joe dans la villa.

D'ailleurs les dialogues souligneront bien ce dernier aspect. Ainsi à des répliques sarcastiques de Joe, Norma y répondra le plus sérieusement du monde instaurant ainsi une certaine superiorité. Ce qui n'est pas le cas avec les répliques qu'il oppose au personnage de Betty Schaefer. Ils sont mis au contraire sur un pied d'égalité. Mais à la douceur et à l'amour sincère de Betty, Joe Gillis préférera le luxe tapageur de la vie de Norma. Il y renoncera mais trop tard... . La nature humaine est ainsi faîte.

L'histoire va nous être raconté du point de vue d'un mort

Billy Wilder utilisera le même mode de narration qu'il avait déjà employé dans "Assurance sur la mort", un long flash-back avec l'utilisation d'une voix-off, mais avec une différence importante : cette fois l'histoire est racontée du point de vue d'un mort. Il ne faut pas croire que ce soit Wilder qui ait entièrement inventé cela. En fait, Charlie Chaplin avait déjà fait une ébauche de cela dans la scène d'introduction de "Monsieur Verdoux" (1947). La première chose que l'on voit dans cette scène est une tombe avec l'inscription "Henri Verdoux (1880-1937)" avant que la caméra s'éloigne pour se balader tranquillement dans le cimetière. Pendant le mouvement de caméra, on entend par l'intermédiaire d'une voix-off Henri Verdoux nous dire rapidement ce qu'il l'a amené là. Mais cette voix-off dans le film de Charlie Chaplin ne va être utilisée que dans cette scène alors que dans le film de Billy Wilder, on l'entendra tout au long de l'histoire. Si Wilder n'a pas inventé ce système, tout du moins il l'a utilisé jusqu'à son paroxysme. Il est à noter que Sam Mendes le réutilisera dans le brillant "American Beauty" (1999).

La scène de la réception du soir de la Saint-Sylvestre, séquence qui met véritablement le spectateur mal à l'aise

Les premières projections-test auront lieues à Everton dans l'Illinois. Ce sera un désastre. En effet, il y avait une scène d'ouverture dans une morgue où on voyait le cadavre de Joe Gillis discuter avec d'autres morts. Cette scène censée être dramatique n'aura pas l'effet escompté par le réalisateur sur les spectateurs puisque ces derniers se montreront hilares. Une spectatrice ignorant totalement à qui elle s'adressait dira à Wilder alors assis sur des marches à l'extérieur de la salle de projection que c'est le pire film qu'elle ait jamais vu. Le cinéaste se contentera de répondre qu'il est tout à fait d'accord avec elle. La scène d'ouverture sera finalement supprimée.

Baiser nocturne dans les studios déserts de la Paramount entre Joe Gillis (William Holden) 

Le film sera projeté aussi devant des membres d'Hollywood. Tous seront admiratifs, Barbara Stanwyck allant jusqu'à embrasser l'ourlet de la robe de Gloria Swanson. Seul le producteur Louis B. Mayer se montrera en colère hurlant à Wilder "Comment as-tu pu faire ça ? Tu déshonores le monde qui t’a fait et qui t’a nourri. Tu mériterais le goudron et les plumes avant de fuir Hollywood.". Ceux à quoi Wilder répondra un laconique "Va te faire encul**!".

Erich Von Stroheim ou plutôt Max, une dernière fois derrière la caméra

Le succès commercial du film sera immense aux Etats-Unis d'abord, surtout dans les grandes villes, avant qu'il ne devienne mondial. La plupart des critiques ne se tromperont pas en écrivant que "Boulevard du crépuscule" est un classique appeler à durer. Le film va être nommé dans onze catégories aux Oscars de 1951. Son grand concurrent parmi les quatres autres nominés dans la catégorie "Meilleur Film" est "Eve" (1950) de Joseph L. Mankiewicz. Ainsi deux grands monstres du cinéma, le plus grand film jamais tourné sur le cinéma et le plus grand film jamais tourné sur le théâtre vont s'affronter, deux immenses chefs d'oeuvre. Finalement, ce sera "Eve" qui sera le grand gagnant emportant huit oscars dont celui du meilleur film et du meilleur réalisateur. L'Académie des Oscars était peut-être frilleusse de donner ses principales récompenses à un film qui critique avec autant de noirceur le milieu du cinéma. Mais force est de reconnaître que le chef d'oeuvre de Mankiewicz les méritait aussi. "Boulevard du crépuscule" ne repartira pas les mains vides puisqu'il empochera trois statuettes : celui de la meilleure direction artistique en noir et blanc, celui de la meilleure musique et celui du meilleur scénario original. Quand à l'Oscar de la meilleure actrice, il aurait été légitime qu'il aille soit à Gloria Swanson soit à Bette Davis inoubliable dans "Eve" ou même éventuellement à Anne Baxter très convaincante en garce manipulatrice dans ce même film. Et cet Oscar est revenu à...Judy Hollyday pour son rôle dans "Comment l'esprit vient aux femmes" (1950). Je crois qu'il vaut mieux se passer de commentaires. En tous les cas, Bette Davis avouera plus tard que si Gloria Swanson l'avait battu aux Oscars, elle aurait été la première à applaudir. Par la suite, Gloria Swanson aurait la sagesse de refuser plusieurs scripts qui lui proposait un rôle du même type et la carrière de William Holden a pris après ce rôle un tournant très favorable le faisant accéder définitivement au rang de star.

Un final mémorable aussi émouvant que grotesque

"Boulevard du crépuscule" est un MONUMENT du cinéma. Le scénario est dense et captivant, les dialogues sont d'un raffinement rare certains étant restés mémorables (Joe Gillis : "You're Norma Desmond. You used to be in silent pictures. You used to be big." Norma Desmond : "I *am* big. It's the *pictures* that got small."; "All right, Mr. DeMille, I'm ready for my close-up.", ...) tout comme certaines scènes (Le cadavre de Gillis flottant dans la piscine sous les flash des photographes, la réception du soir de la Saint-Sylvestre où Desmond et Gillis sont les seuls invités, la scène finale aussi déchirante que grotesque,...), les décors sont d'un baroque splendide, la photographie en noir et blanc est sublime et les cadrages tous parfaitement choisis donnant une grande élégance visuelle à l'ensemble. Face à William Holden, qui arrive à jouer admirablement de son image d'américain pragmatique, Gloria Swanson est immense, incarnant avec une maestria inégalable et un cabotinage génial une ancienne star oubliée totalement hors de la réalité. Elle nous offre là une des plus grandes interprétations d'actrice de toute l'Histoire du cinéma. L'ensemble est magnifié par la musique inoubliable de Franz Waxman. Jamais chaque détail de la mise en scène d'un film n'aura autant respiré la perfection. Hommage sincère et affectueux au Septième Art autant que critique au vitriol de ce monde qu'il le créait, Billy Wilder est le maître d'oeuvre de ce chef d'oeuvre absolu et on le remerciera jamais assez de nous avoir donné non seulement le plus grand film tourné sur le cinéma mais aussi, disons-le frachement, un des plus grands films de tous les temps. 



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