Les Aventures de Robin des Bois (1938) de Michael Curtiz et William Keighley

Publié le par Plume231

A l'heure où j'écris cet article la première à Cannes de la nouvelle version de "Robin des Bois" réalisé par Ridley Scott a eu lieu depuis peu de temps. Ne voulant pas me laisser influencer par les critiques négatives ou positives, j'éviterais de les lire. Ce film qui se présenterait comme un "avant Robin des Bois" apparaît comme sombre et violent à la vision de la bande annonce. Mais c'est très loin d'être le seul film mettant en scène le mythique héros de la forêt de Sherwood, sans parler des séries télévisées. Parmi tant d'autres on peut citer le mélancolique "La Rose et la Flèche" (1976) de Richard Lester, qui se présente a-contrario comme un "après Robin des Bois", l'excellent dessin animé des studios Disney avec des méchants irrésistibles de drôlerie, la peu subtile mais néanmoins parfois drôle parodie de Mel Brooks, celle muette de 1922 avec Douglas Fairbanks que votre serviteur a la grande honte d'avouer qu'il n'a toujours pas vu, celle divertissante mais sans plus avec Kevin Costner et bien sûr celle qui est la plus mythique, et sans conteste la meilleure de celle que j'ai vu jusqu'ici (je pense que ce sera impossible de la battre), "Les Aventures de Robin des Bois" réalisé en 1938 par Michael Curtiz et William Keighley.

Le très charismatique Errol Flynn dans le rôle de Robin des Bois

L'histoire tout le monde la connaît mais une petite piqure de rappel ne fait jamais de mal : En l'an 1191, le roi Richard Cœur-de-Lion, parti pour les Croisades, a été fait prisonnier par Léopold d'Autriche, qui demande un million d'écus de rançon... Mais à la Cour de Nottingham, son frère, l'ignoble prince Jean (Claude Rains), qui s'est assuré la complicité du cruel seigneur Guy de Gisbourne (Basil Rathbone), tient à garder le pouvoir et profite de la situation en ne versant pas la rançon. Ce qui ne l'empêche pas d'exploiter son peuple en lui faisant payer à outrance des impôts et en persécutant les Saxons. Robin de Loxsley (Errol Flynn), archer de grande valeur et noble saxon, se refuse à reconnaître l'autorité de l'usurpateur. Recherché activement, il se réfugie dans la forêt de Sherwood avec quelques compagnons dont Petit-Jean (Alan Hale), Willy l'Écarlate (Patric Knowles) et Frère Tuck (Eugene Pallette). Ensemble, ils recrutent des hommes fidèles à Richard et organisent la résistance. Les révoltés font prisonnier Gisbourne et sa suite venus récolter les impôts. Robin décide d'envoyer le butin ainsi recueilli en Autriche, pour payer la rançon de Richard. Ce geste lui attire la sympathie de Lady Marianne (Olivia de Havilland), qui accompagnait Gisbourne, qui est loin d'être insensible au charme du bandit au grand coeur...

Melville Cooper (le shérif de Nottingham), Basil Rathbone (Sir Guy de Gisbourne) et Claude Rains (Prince Jean), les méchants du film

La Warner Brothers avait acquis les droits de l'opérette d'origine "Robin Hood" pour en quelque sorte redorer son blason. En effet, le studio était dans le collimateur de la censure très rigide de l'époque pour avoir produit principalement des films de gangsters. Les producteurs pensait à juste titre que de produire un divertissement familial, et donc grand public, ne pouvait que les servir. Et aussi invraisemblable que cela puisse paraître le premier choix pour le rôle-titre était James Cagney, la grande star masculine du studio à l'époque. Mais le fait que le comédien ait quitté la Warner à l'époque a retardé la production de l'époque de près de trois ans. Contre la volonté de la Warner, le producteur du film Hal B. Wallis décide d'imposer Errol Flynn pour le rôle principal. On pourrait légitimement penser qu'une fois Flynn choisi Olivia de Havilland, qui avait déjà tourné deux fois la partenaire du comédien et avec qui l'alchimie était parfaite, était le premier choix des producteurs. Et bien non, le premier choix était une comédienne qui a du finalement renoncé au rôle parce qu'elle était tombée enceinte hors-mariage, impensable pour l'Amérique puritaine. Son nom ? On l'ignore puisque celui-ci avait été soigneusement noirci sur tous les documents établissant ce fait. Pour celui de Willy l'Ecarlate, les producteurs voulaient le comédien britannique David Niven avec qui Errol Flynn avait déjà tourné dans "La Charge de la Brigade légère" (1936) mais celui-ci était à ce moment-là dans son pays natal. Patric Knowles prendra sa place. Alan Hale, qui avait déjà joué Petit Jean dans la version muette avec Douglas Fairbanks et déjà complice d'Errol Flynn dans "Le Prince et le Pauvre" (1937) et qui le sera plusieurs fois par la suite, est choisi pour reprendre son ancien rôle. On ne change pas une équipe qui gagne donc Basil Rathbone qui avait déjà incarné le méchant de façon flamboyante face à Flynn dans "Capitaine Blood" (1935) est choisi pour l'affronter à nouveau.  Claude Rains, Eugene Pallette et Melville Cooper complète le casting. William Keighley, qui avait déjà dirigé Flynn dans "Le Prince et le Pauvre" (1937), est chargé de la réalisation.

La sublime Olivia de Havilland dans le rôle de Lady Marianne

Le tournage peut enfin commencer. Pour cela, la Warner ne lésine pas sur les moyens dotant la production du film d'un budget très considérable pour l'époque de 1 600 000 dollars, louant toutes les caméras Technicolor, existantes au nombre de 11 à Hollywood et faisant ramener des plantes d'Angleterre pour que les paysages californiens qui constituent les extérieurs fassent plus britanniques. Certaines buissons seront même repeints en vert dans cette perpective et aussi pour faire plus photogénique avec le procédé Technicolor. Mais les producteurs ne sont pas satisfaits des scènes d'action tournées par Knighley trouvant qu'elles manquent fortement d'intensité. Le réalisateur est renvoyé et remplacé par Michael Curtiz connu pour son extrême efficacité dans ce domaine comme il l'avait prouvé avec "Capitaine Blood" (1935). Mais autant Errol Flynn s'entendait très bien avec William Knighley, autant il détestait intensément Curtiz et ses manières dictatoriales bien que les deux hommes paradoxalement tourneront douze fois ensemble. Les retards accumulés, notamment à cause de ce renvoi mais aussi à cause des caprices de la météo, feront que le budget va exploser atteignant près de 2 000 000 dollars. Le film sera terminé en trois mois soit un mois de plus que le planning prévu. Deux scènes écrites dans le scénario ne seront pas tournés pour ne pas alourdir encore plus le budget : une joute et un baptême.

Robin des Bois et deux de ses compagnons : à gauche Willy l'Ecarlate (Patric Knowles), à droite Petit Jean (Alan Hale)

Impossible de penser à quelqu'un d'autre qu'à Errol Flynn pour le rôle du valeureux héros de la forêt de Sherwood. En effet car faire incarner le personnage le plus lisse possible à la star la moins lisse de tous les temps ne peut être explosif et cela l'est. Car s'il y a une personne qui n'était pas du tout lisse c'était bien Flynn. Beau, athlétique mais aussi séducteur impénitent, dragueur invétéré (Olivia en sait quelque chose!) et alcoolique incorrigible, l'acteur australien avait connu une bonne dizaine de vie avant de devenir une des plus grandes stars hollywoodiennes par le plus grand des hasards. En 1935, la Warner était en pleine pré-production du film de pirates à grand budget "Capitaine Blood". Le choix initial Robert Donat refusera le rôle. Alors le producteur Hal B. Wallis pense à Leslie Howard qui opposera le même refus. Ce sera pareil pour Brian Aherne. C'est alors que Wallis pense à un jeune comédien qui a toutes les qualités physiques pour le rôle, Errol Flynn. Ce dernier n'avait tenu que des petits rôles dont celui d'un mort (il dira plus tard à qui veut l'entendre que c'était de loin son meilleur rôle ce qui évidemment est totalement faux!) déjà sous la direction de Michael Curtiz dans "The Case of the Curious Bride" (1935). On lui mettra comme partenaire féminine la très charmante Olivia de Havilland avec qui il formera un des couples les plus légendaires du Septième Art. Les producteurs sont peu enthousiastes par le choix de Wallis inquiet de confier les deux rôles principaux à ce qui était à l'époque deux inconnus. Inquiétude très vite dissipée car le film sera un triomphe commercial. Errol Flynn devient une immense star du jour au lendemain et les films suivants ne vont que confirmer son statut devant un public déjà conquis d'avance. Même si ce terme n'était pas utilisé à l'époque, faisant beaucoup plus d'entrées que James Cagney ou Humphrey Bogart, quand celui-ci accédera aux premiers rôles, Errol Flynn était sans conteste la star masculine la plus "bankable" de la Warner attirant par son seul nom une immense foule de spectateurs. Quand on regarde un film comme "Les Aventures de Robin des Bois" (1938), on ne se demande même pas pourquoi tellement le charisme du comédien australien est prodigieux. Le seul qui peut se permettre d'être arrogant, farceur et effronté tout en ayant la sympathie du public dans la poche.

Robin des Bois, bandit au grand coeur mais aussi un très grand séducteur

Les producteurs vont avoir plaisir à faire utiliser dans ce film toutes les possibilités du Technicolor que la Warner Bros avait employé que très peu jusque là. Je vous invite à bien visionner toutes les nuances de couleur dans les scènes de banquet tellement celles-ci sont riches quitte à ce que la vraisemblance historique en prenne un coup. Mais on fiche de ce détail tellement ces scènes sont un véritable régal à regarder. L'utilisation de la couleur dans ce film est très élaborée ne serait-ce que dans le choix du costume vert et marron du héros. Ces deux couleurs n'ont pas du tout été choisies au hasard. C'est pour que Robin des Bois puisse mieux se dissimuler dans les épais feuillages de la fôret de Sherwood. Les couleurs deviennent moins chatoyantes quand l'atmosphère du film s'assombrit à l'exemple de la scène de l'arrestation et du jugement de Lady Marianne ou encore du jeu d'ombres dans le duel final qui oppose Sir Guy de Gisbourne à Robin des Bois.

Le tournoi des archers, une des scènes d'anthologie du film

Le tournoi des archers est une scène très intéressante à observer et aussi à écouter pour deux raisons outre bien sûr que ceci est un des (nombreux!) moments d'anthologie du film. La première réside tout simplement dans la personne du dernier concurrent qu'affronte Robin des Bois : le capitaine des archers. Non pas pour le personnage en lui-même mais pour celui qui l'incarne, Howard Hill. Hill était considéré à son époque comme le meilleur archer du monde et c'est lui qui s'occupera de superviser les scènes de tir à l'arc dans le film. Mais surtout c'est lui qui tirera la flèche qui fendera en deux une autre en son centre. Selon la légende, il réussira cet exploit dès la première prise. La seconde concerne le son des flèches tirées qui inspirera Ben Burtt, le créateur de la bande son des films de la saga "Star Wars", pour celui des sabres lasers. 

La scène de la pendaison heureusement avortée, un autre moment d'anthologie du film

Le tournage terminé, la post-production commence. Les producteurs du film demande au compositeur autrichien Erich Wolfgang Korngold d'écrire la bande originale. Celui-ci dans son pays natal à ce moment-là refusera dans un premier temps la proposition. Mais l'envahissement certain de son pays par les nazis et le fait qu'il soit juif le pousseront finalement à l'accepter. Sa composition, mélange de style épique et de style symphonique, constituera une des qualités essentielles du film. Au montage, certaines séquences tournées seront finalement supprimées comme un combat de boxe opposant Robin des Bois à Richard Coeur de Lion. Le montage terminé, le film sera projeté en avant-première à Paloma en Californie. Les monteurs ont taillé leur ciseaux dans le cas où le film aurait besoin d'être modifié selon les réactions des spectateurs. L'accueil du public est totalement enthousiaste. Les ciseaux peuvent rester dans leurs tiroirs. Le film restera tel quel. Inquiet par le fait que c'est le film le plus cher produit par le studio jusqu'ici, les producteurs l'oubliront très vite quand "Les Aventures de Robin des Bois" deviendra le plus gros succès de l'année.

 

Le duel final, une des scènes les plus mémorables de toute l'Histoire du cinéma

Nommé dans quatre catégories aux Oscars de 1939 dont celle de Meilleur Film, le film devra s'incliner face à l'agréable mais inégal film de Frank Capra "Vous ne l'emporterez pas avec vous" (1938). Mais il ne repartira pas bredouille car il remportera les trois autres statuettes pour le Meilleur Montage, la Meilleure Direction Artistique et la Meilleure Musique. On peut particulièrement se rejouir que Erich Wolfgang Korngold l'ait remporté tellement sa composition plus que mémorable est en grande partie responsable de ce qui constitue l'immense réussite du film.

Le bien triomphe sur le mal mais l'amour reste le grand vainqueur

Le bien triomphe du mal, le héros part avec sa dulcinée. Voilà comment tous les films devraient se terminer. Impossible de résister un seul instant à cette fulgurance de couleurs, de décors et de costumes. "Monsieur Temps Mort", on le connait pas. C'est le divertissement absolu, pas la moindre seconde d'ennui. La mise en scène est magistralement efficace, les rebondissements sont nombreux, les scènes d'action constituant plusieurs grands moments d'anthologie aussi. Les seconds rôles sont truculents que ce soit pour les méchants que pour les gentils. La bonne humeur règne tout au long du film. Comme les personnages, on rigole souvent. Les méchants sont très méchants, les gentils sont très gentils mais avec une petite pointe de malice. La musique inoubliable d'Erich Wolfgang Korngold souligne avec maestria cet ensemble. L'immense charme de la sublime Olivia de Havilland agit tout comme le charisme dévastateur d'Errol Flynn. En bref, tous les ingrédients sont là pour faire des "Aventures de Robin des Bois", plus qu'un film culte, plus qu'un chef d'oeuvre intemporel, un film magique.



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