Assurance sur la mort (1944) de Billy Wilder

Publié le par Plume231

Autant le dire tout de suite le film suivant de Billy Wilder est du lourd, du très très lourd. Pour son troisième film et premier chef d'oeuvre, Billy Wilder décide d'adapter le célèbre roman de James M. Cain "Assurance sur la mort".

Dans les bureaux de la compagnie d'assurance pour laquelle il travaille en tant qu'agent, Walter Neff (Fred MacMurray), très grièvement blessé, se confie à un dictaphone. Quelques mois plus tôt alors qu'il faisait sa tournée, l'agent d'assurance croise la route de Phyllis Dietrichson (Barbara Stanwyck), une très séduisante femme au foyer mariée à un mari très riche. Celle-ci lui demande de faire signer à son mari une assurance sur la vie sans qu'il le sache. Méfiant, Neff refuse tout d'abord mais il est à ce point fasciné par cette femme qu'il finit par y consentir et accepte de l'aider ensuite à se débarrasser du mari gênant. Le contrat signé par la mari à l'insu de ce dernier et l'exécution du meurtre a lieu non sans quelques difficultés. Croyant avoir commis le crime parfait, les deux amants ne sont pas au bout de leurs surprises quand Barton Keyes (Edward G. Robinson), le très méticuleux supérieur hierarchique de Walter, émet des doutes quand au supposé suicide du mari... .  

Son collaborateur habituel, Charles Brackett, trouvant le sujet du film trop immoral refusa de participer à l'écriture du scénario. Wilder se tourna alors naturellement vers James M. Cain qui était à ce moment-là indisponible. Finalement, le réalisateur-scénariste choisit l'auteur de romans noirs Raymond Chandler. La mésentente entre Wilder et l'auteur du "Grand Sommeil" pendant l'écriture du scénario sera totale. Pourtant leur travail en commun donnera lieu à un résultat remarquable, le premier en y injectant la finesse et la solidité de son écriture, le second son art d'écrire des dialogues savoureux et percurtants. En effet, il est difficile de résister à ces derniers surtout quand ils sortent de la bouche d'un Edward G. Robinson au sommet de son art. Le monologue où il passe un savon à son supérieur, qui croit naïvement que la victime du meurtre s'est suicidée en se jetant d'un train, est un très grand moment de cinéma. 

La composition du casting ne va pas aussi se faire sans accroc. Beaucoup d'acteurs refusent le rôle principal, notamment George Raft, et Fred MacMurray ne l'accepte uniquement parce qu'un producteur, qui déteste Wilder et l'acteur en même temps, l'a forcé à le faire croyant le punir ainsi. Barbara Stanwyck, de peur de nuire à sa carrière avec ce rôle à contre-emploi, consent à le jouer uniquement quand le réalisateur réussit à piquer son orgueil en lui demandant "si elle est une vraie actrice ou une souris". Le cinéaste va d'ailleurs s'ingénier à casser l'image glamour qu'avait jusqu'ici son actrice l'afflublant d'une perruque blonde, d'un bracelet à la cheville (donnant lieu à la descente d'escalier la plus érotique du cinéma) la transformant ainsi en femme fatale perverse et sensuelle. En bref, la plus belle garce que le cinéma ait connu. 

Le film ne sera pas négligé non plus sur la plan de l'image pliant les codes du film noir à sa propre élégance visuelle et transformant, avec l'aide de son directeur de la photographie John F. Seitz, les lieux du quotidien (supermarché, bowling, fast-food,...) en endroits lugubres. "Assurance sur la mort" permet aussi au réalisateur d'employer un mode de narration qu'il avait jusqu'ici juste ébauché dans le scénario de "Par la Porte d'or" (1941) en ayant recours à un long flash-back et à une voix-off. Il aura souvent recours à ce mode de narration par la suite notamment dans "Boulevard du crépuscule" (1950).

L'un des aspects les plus intéressants du film est la relation quasi-filiale qu'il y a entre le personnage d'Edward G. Robinson et celui de Fred MacMurray. Ce sont deux personnages solitaires dont on peut ressentir le lien encore plus affectueux que celui de supérieur au subordonné pour lequel il a le plus d'estime en particulier dans trois scènes : la première où Barton Keyes propose à Walter Neff de devenir son assistant, la seconde où Walter Neff, se demandant s'il est soupçonné par son supérieur d'avoir participé au meurtre, écoute en secret le contenu de son dyctaphone où Keyes dit qu'il a une confiance absolue envers son subordonné au lieu de ressentir du soulagement comme on pouvait s'y attendre ressent au contraire un certain malaise. Et puis surtout la troisième, la scène finale, où Neff (mortellement ?) blessé dit à Keyes qu'il ne pouvait pas deviner que c'était lui le coupable parce qu'il était trop proche de lui-juste de l'autre côté du bureau et que ce dernier lui répond : "Encore plus proche que cela". Enfin le masque est tombé donnant lieu à un des finals les plus forts du cinéma.

A propos de fin, Wilder avait prévu d'ajouter une autre scène (qui a été tournée par ailleurs)après celle qui vient juste d'être évoqué où on voit Keyes assister à l'exécution de son collègue dans la chambre à gaz. Mais suite aux reactions négatives du public lors des projections-tests et  trouvant que la scène précédente était suffisamment forte, Billy Wilder la supprimera.

On notera avec plaisir que le réalisateur se plaira à contourner la censure très rigide de l'époque. Une des règles du code de censure de l'époque, le Code Hays, stipulait que l'on avait pas le droit de rendre sympathique au public un meurtrier. Le cinéaste contournera cette règle mettant souvent le personnage de Walter Neff dans des situations périlleuses obligeant ainsi le spectateur à avoir peur avec lui. Le sexe ne pouvait être pas évoqué non plus (et encore moins montré!). Pourtant dans la scène où Phyllis Dietrichson rend pour la première fois visite à Neff dans son appartement on voit les deux futurs amants s'embrasser, puis fondu enchainé pendant lequel on entend la voix-off de l'agent d'assurance dire "Puis nous sommes restés assis" après lequel on retrouve Walter entendu sur son sofa en fumant et Phyllis le regard perdu dans le vide. Pendant le moment entre ses deux instants, on se doute qu'ils ont fait autre chose que de simplement s'asseoir.

Le film sera un succès commercial et critique. Il sera nommé dans sept catégories aux Oscars de 1945 : Meilleur film, Meilleur réalisateur, Meilleure actrice, Meilleur scénario, Meilleur photographie en noir et blanc, Meilleur musique et Meilleur son. Le film n'en remportera aucun devant s'incliner pour les principales catégories face au très facilement oubliable "La Route semée d'étoiles" de Leo McCarey. D'ailleurs Wilder sera tellement en colère (à juste titre d'ailleurs) de voir pendant la cérémonie voir les statuettes partir chez son concurrent qu'il dira plus tard que quand Leo McCarey est allé chercher la sienne il lui a fait un croche-pied. Info ou intox ? On ne le sera jamais.

En tous les cas, une chose est sûre c'est que le film est incontestablement un chef d'oeuvre absolu du cinéma et le meilleur film noir qui ait été tourné recelant d'innombrables qualités que le fait que Woody Allen considère ce film comme "le plus grand jamais réalisé" n'est pas totalement injustifié.



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Commenter cet article

Casino 27/12/2010 12:14

Marchi envers cette nouvelle ;) Louis

tomcinéma 09/11/2010 18:04

Un chef d'oeuvre absolu !!!Salut Plume, bon rien a redire sur ton blog et ta critique de ce film. C'est vraiment du grand art que ce soit au niveau du scénrio, du casting ou encore de la mise en scène.
Un des meilleurs films que j'ai découvert cette année.

Bravo pour ton blog qui est vraiment super bien fait et a bientôt sur les forums !

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